Blandine Soulmana

Parler ou ne pas parler

Blandine Soulmana, auteure et conférencière

Les deux côtés de la médaille, le yin et le yang, le noir et le blanc, l’orient et l’occident, l’opulence et la misère, le bon et le mauvais, le négatif et le positif… il me semble que je n’étais jamais du bon côté où que je sois.

Je suis la jumelle chétive, l’Arabe de par son père et l’Européenne de par sa mère. J’ai eu un prénom musulman puis chrétien. J’ai connu toutes les misères : affectives, intellectuelles, matérielles et spirituelles. Une partie de moi a voulu bâillonner l’autre. «Tourne la page. Oublie. Fais comme si c’était une autre vie que la tienne.» Elle n’a pas réussi.

Celle qui est restée a enlevé le bâillon sur son cœur et tout raconté avec ses tripes. Elle ne se taira plus jamais et criera assez fort pour être entendue, même par les sourds.

J’ai décidé de m’accepter globalement sans m’étiqueter ou me fragmenter. Je me suis donnée la permission d’abandonner le contrôle à la vie. Je n’ai plus besoin d’être sur la défensive, de me justifier, d’accuser ou de riposter. Les faits sont là, rien ni personne ne pourra rien y changer. Le seul contrôle qui me reste est ce que je ferai de ces restes.

Une autobiographie pour
se libérer

Blandine Soulmana dans sa jeunesse

Si écrire son autobiographie est une forme d’exhibitionnisme intellectuel, je préfère fauter que de refuser de dénoncer et de garder un silence complice. Il faut parfois aller très loin pour que les choses avancent. J’ai accepté ce douloureux voyage dans le passé pour l’exorciser, m’en défaire comme la peau d’une mue, même si l’opération fragilise autant qu’elle libère. Se livrer, c’est se rendre vulnérable. Vulnérable aux critiques, destructrices mais c’est aussi se déprogrammer pour prendre le contrôle de sa vie et vivre des rapports égalitaires.

Je me suis livrée entièrement, sans complaisance, pour nommer les choses afin qu’elles ne soient jamais oubliées.

J’ai voulu me libérer en rejoignant toutes les femmes : celles qui souffrent, pour leur démontrer qu’on peut s’en sortir, et les autres, pour qu’elles sachent ce que vivent des femmes, parfois tout près d’elles.

Il aurait suffi, à plusieurs reprises dans ma vie, qu’on me dise « viens, il y a autre chose qui t’attend » pour m’extirper de ce tourbillon infernal dont nous ne sortons pas toutes vivantes.

La plus grande force humaine est d’arriver à transformer le négatif en positif, et je crois bien modestement y être arrivée. C’est la force de cette expérience que j’ai voulu partager en écrivant mon livre et que je veux continuer à distribuer par le contenu de mes conférences.

Mes conférences : acte de dénonciation positive

Blandine et son fils

Ces conférences portent sur l’importance de parler de sa souffrance, de trouver le chemin pour se reconstruire, de développer son optimisme, de retrouver l’enthousiasme de vivre, d’arriver à pardonner et de trouver enfin la joie de vivre. Parlez de ces conférences et du livre à vos connaissances, aux organismes, clubs sociaux ou associations. Devenez mes complices pour contaminer un maximum de personne pour que ce monde devienne meilleur pour nos enfants.

Loin de l’apitoiement, mon livre témoignage et mes conférences dénoncent positivement ce qu’on fait vivre aux femmes, mais surtout elles posent les bases d’une reconstruction accessible à chacune.

Les femmes ne sont pas toutes emprisonnées dans un pays étranger, elles ne sont pas toutes autant battues que je l’ai été et surtout, elles ne se font pas toutes voler leur enfant comme je l’ai vécu… Quel que soit le niveau de violence qu’elles subissent, elles doivent savoir qu’il est inacceptable.

Le premier pas qu’on fait pour s’en sortir est le plus difficile à franchir mais le plus libérateur car il devient une frontière entre le passé et le présent.

Et vous?

Blandine Soulmana aujourd'hui

C’est au Québec que j’ai écrit La Biche, qui sera prochainement distribuée en Europe. Des producteurs de cinéma et de séries télévisées se montrent intéressés par mon histoire. Et vous? Si vous voulez m’entendre vous serez à même de constater que je parle beaucoup. Je me suis tue trop longtemps. Se taire est une arme hautement destructrice, aussi silencieuse que sournoise.