Conférences : La Résilience

Apprendre à rebondir après la souffrance

Pour parodier une comédie connue, la vie est rarement un long fleuve tranquille. Pour certains, le parcours est relativement calme, alors que pour d’autres il est semé de récifs et d’écueils. Nous avons alors deux choix : couler ou émerger. Pester contre le destin pour son manque d’équité et de justice dans la distribution des épreuves est un exercice aussi inutile que nocif.

Quand nous ne sommes pas concernés, nous classons rationnellement les événements négatifs de la vie, du simple contretemps à la tragédie : repas raté, dispute, divorce, perte d’un parent âgé, faillite, décès d’un enfant... Par contre, noyés dans nos émotions ou selon les circonstances, nous ne sommes pas toujours en mesure de relativiser ces événements en fonction de leur importance. Il arrive que nous ayons l’impression de vivre un naufrage jusqu’à l’arrivée d’un événement plus grave. Nous réalisons alors le peu d’importance du premier incident qui prenait tant de place.

Comment se fait-il que, face aux épreuves, certaines personnes, malgré leur chagrin, s’en sortent alors que d’autres vont traîner leur état de victime toute leur vie? Pourquoi certains arrivent à distiller du positif dans le négatif alors que d’autres arrivent à remettre en question l’existence même de la bonté? Les victimes subissent, se plaignent, au risque de lasser leur entourage, ou, au mieux, réagissent en s’adaptant aux conséquences sans même vérifier s’ils peuvent travailler sur la cause. Comme l’a si bien dit Alexander Graham Bell, « Lorsqu’une porte se ferme, il y en a une qui s’ouvre. Malheureusement, nous perdons tellement de temps à contempler la porte fermée, que nous ne voyons pas celle qui vient de s’ouvrir. »

Certains « survivants » vont jusqu’à affirmer qu’ils ont appris et mûri à travers les épreuves. Ils connaissent leurs limites, l’étendue de leur endurance; leurs vrais amis et, surtout, ils apprécient les petits bonheurs quotidiens. C’est cette capacité à rebondir dans l’adversité qu’on appelle la résilience.

L'origine du mot

À l’origine, le terme résilience était utilisé en physique pour déterminer la résistance des matériaux aux chocs. Le mot a été incorporé au vocabulaire psychologique à partir de 1939 à la suite des études des psychologues américains d’Hawaï, Werner et Smith, qui oeuvraient dans le milieu scolaire, ainsi que des recherches de l’éthologue Boris Cyrulnik.

Les psychologues Werner et Smith ont constaté que certains enfants condamnés à présenter des troubles de comportement, conséquences d’expériences traumatisantes, déviaient d’une trajectoire négative grâce à certaines caractéristiques de leur personnalité ou de leur environnement. Ils en sont venus à la conclusion que les épreuves vécues par ces enfants leur ont permis de développer des mécanismes de défense utiles pour le reste de leur vie. L’éthologue Boris Cyrulnik a tiré des conclusions similaires en étudiant des survivants des camps de concentration, des enfants des orphelinats roumains et ceux des rues de Bolivie.

Rebondir, ça s’apprend

Ces recherches ont mis en évidence certaines caractéristiques développées par les personnes résilientes : évaluation lucide des situations; capacité de se protéger, de riposter et de garder son équilibre lors de tensions; conscience de sa responsabilité sur sa vie; pouvoir de transformer les épreuves en défis et la colère en détermination; persévérance dans ses efforts pour s’en sortir; choix judicieux de son entourage; altruisme, positivisme et créativité, notamment en développant son sens de l’humour et son aptitude à dédramatiser les situations.

Bien sûr, certains sont naturellement plus doués et outillés pour maîtriser la résilience. Il ne faut cependant jamais perdre de vue que cette capacité peut se développer, se travailler et s’améliorer, quel que soit notre âge ou notre vécu.

L’objectif est d’agir en assumant notre souffrance, tout en étant conscient que nous ne sommes pas les seuls à vivre des difficultés. Si nous sommes encore là malgré un passé difficile, c’est peut-être que nous sommes des bagarreurs qui n’ont pas eu peur de se reconstruire à partir de rien… jour après jour…

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